De plus en plus de personnes se tournent vers le développement personnel. Que ce soient de jeunes diplômés en quête de sens, des trentenaires désabusés du monde du travail, ou des quarantenaires en crise, le monde du développement personnel est en pleine ébullition.
Mais derrière ce tableau idyllique se cache un univers beaucoup plus sombre, qui ne tient pas toujours ses promesses de réellement « faire grandir » ses adeptes.
Dans cet article nous verrons :
- Pourquoi le développement personnel séduit autant ?
- Les 2 problèmes fondamentaux du développement personnel
- Comment rendre la démarche développement personnel réellement utile ?

1. Pourquoi le développement personnel séduit autant ?
Les systèmes de développement personnel commencent souvent avec une première étape d’introspection, où les participants sont invités à porter un regard nouveau sur eux-mêmes.
- Quels sont mes désirs ou passions cachées ?
- Pour qui/quoi je ressens de la gratitude aujourd’hui ?
- Quel est l’échec qui m’a fait le plus avancer ?
Des centaines de livres, sessions de coaching, conférences sont achetés tous les ans pour répondre à ces questions. L’objectif est de pousser le lecteur/auditeur/coaché à adopter un regard critique sur ses pensées et actions.
Pourquoi ce regard critique ? Tant que l’on n’a pas mis le doigt sur un aspect de sa vie/personnalité qui ne va pas, il n’y a rien à corriger, et donc pas de motivation à l’action.
Cette difficulté identifiée, l’étape suivante est de la cerner plus précisément, de la comprendre, et enfin de la corriger avec l’aide d’autres livres et conférences. Puis de recommencer ce cycle, « introspection, analyse, correction » avec de nouveaux livres, de nouvelles conférences, de nouveaux séminaires qui adoptent un autre angle d’analyse.
La grande force du développement personnel est qu’objectivement nous avons tous des défauts, des imperfections qui valent le coup d’être corrigés. Toute personne qui se prête au jeu de l’autodiagnostic va ainsi forcément identifier un point de sa vie ou de sa personnalité à améliorer et ainsi mettre le doigt dans l’engrenage.

Cette approche n’est pas intrinsèquement mauvaise, nous avons tous besoin de mieux nous connaître afin de nous améliorer et devenir plus performant, surtout dans un monde qui avance de plus en vite. En revanche elle peut entraîner de nombreux excès.
2. Les 2 problèmes fondamentaux du développement personnel
L’une des premières limites du développement personnel réside dans le paradoxe suivant :
- La promesse du développement personnel est de faire de nous des hommes et des femmes meilleurs, apaisés avec nous-mêmes
- Le moteur du développement personnel réside sur 2 piliers : le constat qu’aujourd’hui j’ai des défauts, et l’optimisme que demain je peux les corriger
Un client en paix avec lui-même, et qui ne se désole plus de sa condition n’est donc plus un potentiel lecteur/consommateur de développement personnel. Ainsi tout système de développement personnel devra jouer en parallèle sur deux tableaux :
- aider le lecteur/consommateur à corriger ses défauts identifiés
- tout en continuant à pousser l’introspection sur de nouveaux éléments pour le maintenir dans un perpétuel état de manque.
On comprend donc bien pourquoi le développement personnel peut devenir addictif, alors même que l’un de ses objectifs affichés est de nous libérer de nos tensions et (autres) addictions.
Ainsi nous connaissons tous ce collègue qui enchaîne les conférences sur le développement personnel, ou cet ami qui ne parle que de ses lectures sur comment mieux se connaître et devenir meilleur.
La deuxième limite du développement personnel est son manque de liens avec la vie réelle.
Par nature, le développement personnel est une approche personnelle, et donc égocentrique. En investissant du temps et de l’énergie sur comment devenir meilleur, le « moi » devient le centre de l’attention. Sans un effort constant d’appliquer les nouvelles connaissances acquises, il y a alors un risque important que la démarche de développement personnelle reste une quête théorique, sans impact sur la vie réelle et le monde.

Se renseigner en détail sur la communication non violente n’a pas d’intérêt en tant que tel, si ces connaissances ne sont pas appliquées au quotidien pour faire grandir nos relations ou nous sortir des conversations difficiles.
3. Comment rendre la démarche de développement personnel réellement utile ?
Il est important de se définir des garde-fous pour éviter que le temps, l’énergie et l’argent dépensés pour des contenus de développement personnel ne le soient pas vains. Moi-même consommateur de contenus de développement personnel depuis plusieurs années, j’ai développé depuis quelques mois une « règle » pour éviter de tomber dans ces travers.
Sur les 7 derniers jours, je regarde quel est le ratio entre :
- Mon temps passé à lire/écouter/suivre du contenu de développement personnel
- Mon temps passé à agir concrètement/construire un contenu partageable lié à ces nouvelles connaissances
Mon seuil est 2. Si je passe plus de 2 fois plus de temps à me renseigner sur comment devenir meilleur versus le mettre effectivement en place, c’est que ma démarche de développement personnel devient théorique et se décroche du réel.
Dès que mon ratio augmente trop, très concrètement je me force alors à formaliser ce que je lis, à l’appliquer explicitement dans ma vie, voire à écrire un écrire dédié sur le sujet (comme celui-ci).
Chacun devrait définir son propre seuil, sachant que plus ce seuil est bas plus l’effort demandé est exigeant.

Quelques remarques :
- Ce ratio est indépendant du sujet du développement personnel qu’on explore, ce qui le rend facilement généralisable
- Il n’exige pas non plus d’avoir une idée précise de ses projets de vie, ce qui permet de l’utiliser dès ses premières lectures
En conclusion, le développement personnel est un outil indispensable pour mieux se connaître et continuer à progresser tout au long de sa vie. Mais il ne faut pas perdre de vue que s’améliorer n’est pas un objectif en soi, mais plutôt un moyen d’atteindre ses objectifs dans la vie réelle plus rapidement.
Et ainsi répondre à la question :